Les Neurchis de Bières

Ils sont issus de la génération des millenials et contrôlent l’une des plus importantes communautés d’amateurs de bonnes bières en France, rassemblant ainsi plus de 12 000 personnes. Résidant pour la plupart sur Paris, ils sont capables de faire ou de défaire la réputation d’une brasserie en un post sur Facebook. Mais qui sont vraiment les personnes à la tête de Neurchi de Bières, d’où viennent-elles et quels sont leurs réseaux ? Après quelques mois d’immersion dans la « Neurchisphère », j’ai réussi à les interviewer le 19 janvier dernier au sein d’un haut lieu de la craft beer Parisienne : la Binouze Rochechouart.

Neurchi de bières : le concept

Pour commencer, pouvez-vous expliquer ce que sont les Neurchis ?
Dylan : Les Neurchis à la base ce sont des groupes Facebook qui vont rassembler une communauté sur une thématique, un sujet particulier et où l’on va partager des mèmes mais aussi des contenus en lien avec cette thématique.
Samuel : Il existe énormément de Neurchis sur des sujets différents, je suis membre de Neurchi de Sandwichs par exemple !

Quelles sont les règles de base des groupes Neurchis ?
Dylan : La seule règle qui est commune à tous les Neurchis, c’est l’interdiction du tag sauvage, c’est-à-dire le fait de mentionner dans un commentaire le nom d’une personne dans le seul but de l’interpeller ou de lui faire une « private joke ».
Samuel : Cette règle permet de conserver un espace où les commentaires sont intéressants pour tout le monde, elle permet aussi de générer des interactions entre des gens qui ne se connaissent pas.

Sur le groupe Neurchi de Bières, il y a des règles spécifiques ?
Dylan : Oui nous avons en plus des règles propres au groupe : éviter les bières pourries pour « troller » ou les photos de soirées, il existe le groupe Neurchis d’alcoolisme pour ça ! On demande aux membres de ne pas mettre de photos de leurs courses, ce qu’on souhaite c’est que les bières qui sont postées soient accompagnées de « reviews » (des avis, des notes de dégustation sur les bières que les personnes sont amenées à goûter).
Samuel : on souhaite aussi que les membres restent courtois et ne soient pas trop virulents.
Florian : On est le groupe Neurchi le plus « wholesome » juste après Neurchi de Wholesome !

La création du groupe Facebook date de quelle année ?
Dylan : Le groupe a été créé en Mai 2017.

Quels sont les objectifs du groupe ?
Dylan : La domination du monde !
Samuel : C’est de faire connaitre la craft beer, créer une communauté autour, partager des reviews, des avis, pour que tout le monde puisse découvrir des choses.
Dylan : Il y’a aussi l’idée de permettre à ces personnes de se rencontrer, et aussi bien sûr de se marrer avec le partage de mèmes.
Florian : D’ailleurs nous on se connaissait pas du tout avant, on s’est tous rencontrés grâce à NdB.

Samuel, Charlotte, Dylan, Vincent et Florian

Quand on arrive dans le groupe, on peut être un peu décontenancé car il y a un langage et des termes un peu particuliers, d’où est-ce que ça vient ?
Samuel :  C’est le langage d’Internet, pas forcément issu des groupes Neurchis. On retrouve le lexique autour du mème ou du vocabulaire issu du site reddit par exemple. C’est vrai que ça peut paraître spécifique mais c’est juste un petit effort à faire au début.
Dylan : Le lexique se trouve facilement sur Internet.
Florian : C’est un groupe anti « boomer » par excellence !

Il existe un autre groupe Facebook français qui est un peu dans cet esprit, c’est French Beer Geek, quelle est la différence entre NdB et FBG ?
Dylan : Ahaha, on va pas aller sur ce sujet-là on va se faire des ennemis ! En réalité, ils sont en moyenne un peu plus âgés que nous, beaucoup moins culture Internet et y a un côté plus sérieux.
Florian : Il y a beaucoup de professionnels qui sont sur le groupe, des brasseurs pros, des experts, des beergeeks et les sujets abordés sont en effet plus sérieux, avec des questions parfois pointues.
Samuel : Le groupe est un peu une référence, le stade de connaissance est beaucoup plus avancé chez les personnes qui en sont membres, mais il est aussi beaucoup moins animé.

Neurchi de bière et la modération 

Justement vous, vous animez ce groupe, vous le modérez et l’administrez, cela se passe comment ?
Dylan : On va dire que l’animation et la modération se font en même temps, on a aussi la chance d’avoir des membres qui rappellent aussi les règles à notre place quelque fois.
Florian : Il y a des rôles d’admins et de de modos (modérateurs) mais ils ne sont pas vraiment définis, ce sont ceux qui postent le plus souvent en général. En termes de modération ce qui prend parfois un peu de temps c’est lorsque des groupes de gens essaient de rejoindre le groupe massivement, on a dû faire face à 80 personnes étrangères qui voulaient rejoindre le groupe une fois et qu’on a du bloquer !

Certains membres du groupe NdB se posent la question, comment fait-on pour faire partie de cette équipe de modération et d’administrateurs ?
Samuel : Il faut nous payer des verres de craft beer !
Dylan : En réalité on est suffisamment d’administrateurs en ce moment.
Florian : Oui c’est vrai qu’on n’a pas forcément besoin de plus d’admin ou de modos, car comme le disait Dylan, la communauté NdB s’auto gère d’elle-même. Il y’aura souvent quelqu’un qui sera là pour dire « Goûtez vos bières avant de poster » ou pour nous signaler un post qui n’a pas sa place sur le groupe.

Comment agissez-vous si les discussions sont amenées à déborder ?
Florian : Tous les sujets politiques sont supprimés par exemple.
Samuel : Il peut y avoir une clôture des commentaires, voire une suppression d’un commentaire avec une explication de notre part. On peut aussi « mute » une personne pendant 12h, 24h voire 3 jours. Le bannissement du groupe est très peu fréquent.

Vous faites de la modération au quotidien mais connaissez-vous la modération ? Finalement, est-ce que le fait de voir et de parler d’alcool tous les jours, ce n’est pas un risque de tomber dans l’alcoolisme ?
Dylan : Il est clair qu’on ne boit pas avec modération mais on partage beaucoup de bières et on prend des galopins.
Florian : Il y avait eu un article qui avait été partagé sur ce sujet et qui disait que 90% des gens qui bossent dans la bière ont un problème avec l’alcool, il ne s’agit pas toujours de dégustations.
Vincent : La seule barrière qui nous sépare de l’alcoolisme c’est le compte en banque !

Et justement votre budget mensuel vous l’estimez à combien ?
Samuel : Notre budget mensuel, c’est notre salaire, moins le loyer, la nourriture et les charges fixes. Tout le reste donne notre budget bière.
Dylan : Mes activités tournent autour de la bière, je ne vais jamais en boîte par exemple.
Samuel : C’est le cas pour chacun d’entre nous.

Des exemples de mèmes qui ont été postés sur le groupe ces derniers mois

Qui sont les Neurchis de bière ?

Quel est le profil type du membre de Neurchi de Bières ?
Florian : les chiffres du groupe montrent qu’il y a plus d’hommes (89%), les membres ont entre 18 et 34 ans (91%) et bien qu’il y ait plus de 2000 parisiens, on trouve des membres un peu partout en France, mais aussi à l’étranger et notamment en Belgique.

C’est quand même très masculin, pourquoi ?
Charlotte : Le concept Neurchi c’est masculin et le milieu de la bière aussi, on a essayé de recruter des filles mais ce n’est pas facile. Ce n’est pas simple de prendre la parole quand tu es en minorité. Il y a aussi des gros problèmes de sexisme, dans la bière en général. On est un peu plus tolérant sur NdB mais il y a forcément des trolls à partir du moment où en est sur Internet.

Quelle est la différence entre un bon et un mauvais Neurchi de bières ?
Florian : Un bon Neurchi c’est quelqu’un qui va apporter une connaissance ou qui va poser une question pour apprendre quelque chose.
Samuel : C’est quelqu’un qui enrichit un post par de l’humour ou par une info, quelqu’un qui va encourager la discussion.
Vincent : Ce n’est pas forcément quelqu’un qui poste souvent.

Est-ce que certains d’entre vous travaillent dans le milieu brassicole ?
Charlotte : Oui, je suis stagiaire en communication pour la brasserie parisienne la Goutte d’Or.
Florian : Je suis aussi dans la bière, j’ai eu plusieurs expériences de cavistes. On est pas les seuls, Quentin travaille pour un brewpub à Tours, Julien travaille à la Caisse de Bières, à la Défense, Angus travaille pour DBI (Distributeur des Brasseurs Indépendants), Hugo travaille au bar la Porte Ouverte à Rouen et Emmanuel Delpix s’occupe de toute la partie bières au sein de la chaine de restauration PNY.

A quel âge et à quelle occasion avez-vous commencé à boire des craft beers ?
Dylan : A l’âge de 8 ans !
Florian : C’était en 2013 ou 2014, j’ai goûté à une chouffe houblon et ça m’a amené à me poser la question « Qu’est-ce que le houblon ? ». J’ai alors commencé à goûter des choses dans des endroits comme La Binouze ou La Fine Mousse et après j’ai commencé à bosser chez Brewberry. Je me suis alors rendu compte que j’avais beaucoup de choses à apprendre sur la dégustation et la bière en général. Il y a toujours quelque chose à apprendre auprès des cavistes, des distributeurs, des brasseurs ou mêmes des personnes qui cultivent des levures !
Samuel : Pour ma part, c’était il y a 2 ans. J’étais dans plusieurs groupes Neurchi et j’ai découvert Neurchi de Bières. Je voyais des posts passer avec des bières et des styles dont je n’avais jamais entendu parler, alors je suis allé voir un caviste et je lui ai dit : « je veux une sour pas trop acide, une IPA pas trop amère et une stout qui ne soit pas trop sur le café ! » Ça m’a plu et j’ai ensuite découvert la Caisse de Bières, une cave qui est à 500 m de chez moi où j’ai commencé à goûter plein de bières différentes.
Charlotte : C’était à 21 ans, la première dont je me souviens. C’était lors de mon premier rendez-vous avec Florian, une Tilquin Quetsche. J’ai directement commencé à boire des super trucs !
Dylan : En réalité moi c’était il y a 4 ans, j’ai toujours bu beaucoup de Guinness, je suis allé un jour dans une cave à bière, Bières Cultes, j’y ai goûte des bières assez différentes et j’ai commencé à y aller de plus en plus régulièrement. Désormais je viens à La Binouze étant donné que j’ai déménagé à proximité.

« Les rauchbeer, c’est un style qu’on ne voit jamais, j’aimerai aussi voir plus souvent des lagers et des kolschs. »

Florian

Existe-il des groupes qui sont liés à NdB ?
Florian : Oui il existe des groupes « enfants » de NdB, on les a créés pour cibler un peu plus certains sujets. On est assez pédagogues sur NdB mais à partir du moment où nous avons dépassé les 4000 membres, il fallait que les posts puissent intéresser tout le monde.
Samuel : Il existe ainsi Neurchis d’homebrewers pour les brasseurs amateurs, Neurchi de Trade Zytho ou encore Neurchi de Beerswing. Enfin, nous avons créé des groupes régionaux pour qu’il y ait plus de rencontres entre Neurchis, que les gens se rencontrent pas uniquement à Paris. L’idée est qu’il puisse y’avoir des groupes de 20 personnes minimum qui se créent avec un administrateur motivé, et qu’ensemble ils se retrouvent sur un événement local, qu’ils aillent visiter une brasserie ou qu’ils organisent un bottle share. Nous avions fait le test en amont sur Toulouse et ça a très bien marché, certains Neurchis ont même eu la possibilité de participer à un brassage au sein de la brasserie Iron.

Pourriez-vous chacun me citer une brasserie française que vous aimez bien à titre perso et dont vous pensez qu’elle mériterait d’être plus souvent mise en avant ?
Dylan : La brasserie des Garrigues fait de belles choses acides, bien funky.
Florian : La brasserie La Montagnarde fait plein de barrel aged et des choses très cools. Je me permets d’ajouter aussi les brasseurs cueilleurs car je sais qu’ils vont faire des choses très sympas dans leur nouvelle brasserie.
Vincent : Sulauze, ils font des choses très propres, c’est très qualitatif.
Samuel : Je bois peu de bières de brasseries françaises mais je vais citer l’Effet Papillon.
Charlotte : la Brasserie de la Goutte d’Or. Alors certes j’y travaille mais honnêtement ils sortent des choses très très bonnes, du barrel aged, des saisons exceptionnelles. J’ai ramené Dylan l’autre fois il avait beaucoup aimé la lager au jasmin. Je sais aussi ce qu’ils ont prévu pour les années à venir et je trouve ça super intéressant.

Pour vous, y’a-t-il un style de bière qu’on ne voit pas assez souvent sur NdB ?
Florian : Les rauchbeer, c’est un style qu’on ne voit jamais, j’aimerai aussi voir plus souvent des lagers et des kolschs.
Dylan : Je dirai la rouge des flandres.
Vincent : Les saisons.
Samuel : On ne voit pas assez de gueuzes.
Charlotte : Les imperial stout, on va dire qu’on en voit juste ce qu’il faut !

Et si vous deviez citer une bière pas très recommandable que vous appréciez ou avez apprécié un jour, un pécher inavouable, ce serait laquelle ?
Charlotte : Je dirai vraiment sans hésiter et sans honte : la Pietra. Je trouve qu’elle se boit très bien.
Dylan : La Atlas
Samuel : je dirai une Maximator – Picon
Florian : J’avais l’habitude de boire de la Despe et de la Corona avec mon grand-père après avoir bricolé.
Vincent : La Tsingtao, c’est nettement meilleur que la Heinekein.

Revenons sur le buzz autour de la brasserie Ammonite, on se souvient que c’est en grande partie grâce à vous que cette brasserie s’est retrouvée assaillie de commandes quasiment du jour au lendemain. Comment y avez-vous réagi, qu’avez-vous ressenti par rapport à ça ?
Samuel : C’est Lilian qui a découvert cette brasserie, il m’en avait parlé en me disant que c’était très cool, je me suis ensuite procuré quelques bouteilles donc il n’y a pas eu de surprise pour moi. Tous les beergeeks ont eu envie de s’en procurer.
Dylan : J’ai été étonné par la vitesse du buzz, j’avais aussi hâte d’en trouver. C’était assez fou de voir qu’il a eu un tas de commandes suite à nos échanges.
Vincent : ce qui a contribué à cet engouement c’est aussi le travail de Simon, tout un état d’esprit lié à la nature et à la tradition.
Florian : Pour la première fois, je l’ai vu comme un signe que Ndb peut avoir une influence réelle sur le marché de la bière artisanale.

Finalement on peut dire que vous avez un certain impact sur la consommation. Vous le ressentez comment ?
Vincent : Cela a des avantages, on a visité une brasserie l’autre jour et on nous a fait goûter des choses, nos avis étaient écoutés et pris en considération.
Samuel : Ça peut être dangereux aussi car un post peut faire ou défaire une réputation. On a quand même une responsabilité vis-à-vis de certains brasseurs.
Dylan : Pour ma part je ne poste plus les bières que je n’aime pas pour ne pas faire de tort.
Vincent : C’est parfois intéressant pour un brasseur d’avoir un retour même négatif mais il faut que ce soit construit.
Florian : Il m’est arrivé une fois de poster une bière que je n’avais pas aimé et j’ai eu effectivement quelques échanges avec un brasseur, c’est vrai que notre parole peut avoir un impact fort. Il est préférable de faire un retour négatif dans un contexte privé que sur un groupe de 12 000 personnes.

Quel avenir pour Neurchis de Bière ?

Neurchis de Bières c’est aussi une association, pourquoi avoir décidé de la créer ?
Dylan : Le but c’était de faire un peu comme le Paris Beer Club, d’avoir des réductions dans certains bars, d’organiser des dégustations avec des brasseurs professionnels ou amateurs, mais on a tous des jobs à côté et pas forcément beaucoup de temps pour s’en occuper.
Samuel : Il y’avait aussi eu l’idée de faire des slips NdB !

Comptez-vous monétiser NdB un jour sous une forme quelconque ?
Dylan : oui on a prévu de vendre à Heinekein ! Non mais on pourrait essayer de trouver des fonds juste pour financer des actions de l’association.
Samuel : Oui, on pourrait envisager de faire des partenariats du moment que ce serait avec un acteur du milieu de la craft,

Vous avez passé les 10 000 membres, quelles sont les prochaines étapes pour le groupe et l’association ?
Dylan : On a pas de limites !
Florian : Pour ce qui est du groupe, on va forcément arriver à une certaine stagnation, je doute qu’il y ait 50 000 beergeeks en France inscrits sur Facebook. Pour l’association, on aimerait finaliser ce qui est en cours, lancer vraiment le projet de l’asso pour organiser une belle soirée 6 mois après, une sorte de mini-festival avec 200-250 personnes et créer une bière NdB dans l’année.

Il avait aussi été évoqué la possibilité de réaliser un calendrier des Dieux du Bar ?!
Florian : Oui et j’ai déjà le photographe !
Dylan : On verra lorsque j’aurai 5 kilos de moins mais je me vois bien poser en slip !
Samuel : Il faudrait que la plupart d’entre nous se mettent au régime car le beergeek est plutôt gras en général!

Un grand merci à Charlotte, Dylan, Vincent, Samuel et Florian, ainsi qu’à tous les membres du groupe Neurchi de Bières qui ont participé à cette interview en me proposant leurs nombreuses questions !

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